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Des moutons et des arbres pour s’adapter au changement climatique

Publié le 20 novembre 2025 , mis à jour le 21 novembre 2025

Clémentine et Jonathan s’installent en octobre 2022 sur l’exploitation d’une quarantaine d’hectares acquise par Terre de Liens à Loye-sur-Arnon, dans le sud du Cher : ils mettent en place un atelier de porc en plein air, ainsi qu'un élevage de vaches laitières avec transformation en fromages. Les 10 ha en céréales et 30 ha de prairies naturelles leur permettent d’être autonomes pour l’alimentation du cheptel. Les produits sont commercialisés en vente directe, notamment sur des marchés locaux.

L’excès d’eau dans les parcelles apparaît rapidement comme une contrainte majeure pour le couple de paysans. Les cultures de céréales sont difficiles à mettre en place et leurs résultats aléatoires. Certes, l’herbe pousse régulièrement toute l’année, mais les prairies sont peu accessibles aux bovins en période humide en raison d’une portance insuffisante. Si les animaux ne sont pas retirés à temps des parcelles, le piétinement du sol par les bovins risque d'entraîner une dégradation de la végétation, et un tassement du sol.

Outre la période hivernale, ce sont toutes les périodes de pluies intenses qui contrarient l’organisation du pâturage, donc la bonne valorisation de l’herbe et par conséquent, l’autonomie alimentaire sont contraint·es d'acheter une partie de leur ressources fourragères, par des achats extérieurs alors même qu’une partie de l’herbe, non pâturée, se dégrade sur pied.

L’arrivée opportune d’une troupe de brebis

Une amie de Clémentine et Jonathan souhaite se séparer de son petit troupeau d’ovins. Les paysan·ne·s acceptent de les accueillir en faisant le pari qu’ils pourront faire une place à une vingtaine de brebis en complémentarité de leurs vaches et de leurs cochons.

Il s’agit de races plutôt laitières (races Basco-béarnaise et Carpates), alors que nos éleveur·se·s envisagent de produire et de commercialiser de la viande. Ils savent donc qu’ils devront progressivement, par croisements, faire évoluer leur cheptel vers des animaux aux meilleures aptitudes bouchères.

Les moutons se révèlent plus adaptés que les vaches au pâturage en conditions humides. Moins lourds que les bovins, même rapportés à la surface de leurs petits sabots, ils peuvent être sortis au pré quand les vaches en sont interdites. S’agissant de brebis de races rustiques, adaptées au plein air, elles peuvent affronter des conditions climatiques plus dures, même s’il est bien entendu qu’elles restent à la bergerie quand les conditions sont très mauvaises.

De ce fait, elles peuvent consommer de l’herbe en toutes saisons, et particulièrement en fin d’hiver, début de la saison de pâturage. Ces pâturages précoces ont plusieurs vertus. La première est d’éviter, en la valorisant, l’accumulation sur pied d’herbe vieillie qui évoluerait sinon vers le jaunissement et la pourriture. L’autre, essentielle pour une bonne gestion de l'herbe, est de permettre un “déprimage”, c'est-à-dire une “tonte” précoce de la prairie. Cette pratique fait que la grande croissance d’herbe du printemps (la grande “montaison”), est plus riche en feuilles et moins riche en épis. De ce fait sa valeur alimentaire est sensiblement meilleure que celle d’une prairie n’ayant pas subi ce “stress” en début de croissance.

Mais les éleveur·se·s constatent d’autres effets bénéfiques de cette complémentarité des deux élevages de ruminants.

Le premier se traduit par une amélioration de l’état sanitaire des deux troupeaux : l'alternance de trois espèces, bovins, ovins, chevaux, sur des prairies à tendance humides tend à perturber le cycle des parasites transmis par le sol. Toutefois, cela suppose une conduite fine et éclairée des troupeaux : Clémentine et Jonathan font appel pour cela à un appui technique et utilisent une application dédiée.

Par ailleurs les observations des éleveur·se·s les conduisent à faire l’hypothèse que, en évitant l’accumulation d’une masse importante d’herbe, les moutons permettent à la lumière d’atteindre la base de la végétation. Ainsi, le trèfle blanc, qui se développe mal à l’ombre, se trouve favorisé. Or la présence de trèfles dans le fourrage est essentielle pour garantir un bon équilibre alimentaire. Sans légumineuses, la ration des ovins et des bovins doit être complémentée par des aliments riches en protéines achetés à l'extérieur. Ces achats sont coûteux et pénalisent le bilan carbone de l’élevage.

Enfin, la gamme de produits proposés sur les marchés par Clémentine et Jonathan s’enrichit désormais de viande d’agneaux issue de l’agriculture biologique. C’est un atout supplémentaire pour attirer et fidéliser leur clientèle.

Un paysage à retricoter

Les arbres, en alignement ou isolés au milieu des parcelles, sont une composante essentielle de la fertilité de la petite région bocagère où se niche la ferme de La Paturollerie.

Clémentine et Jonathan l’ont bien compris et projettent d’implanter de nouvelles haies, pour compléter celles existantes, remplacer celles qui ont disparu, et aussi de planter des arbres dans les parcelles dans un schéma réfléchi d’agroforesterie. Le “Pacte haies” proposé par l’Etat leur en offre l’opportunité.

Les effets attendus des nouvelles haies sont bien sûr ceux habituellement identifiés pour ces infrastructures écologiques dans un système d’élevage. Ce sont, pour les animaux, des abris contre le soleil et les intempéries. Ce sont aussi des acteurs essentiels de la régulation hydrique des paysages : les haies et les fossés ralentissent la circulation de l’eau, empêchent l'érosion, favorisent l’infiltration et limitent l’évaporation. Les arbres sont capables d’aller chercher l’humidité en profondeur en période de sécheresse. Certaines essences constituent une ressource fourragère d’appoint : quand l’herbe vient à manquer, leur feuillage comestible et nourrissant peut être distribué aux animaux. La diversité des essences plantées s'enrichit encore des espèces végétales et animales qui s’y installent spontanément et participent à la biodiversité de la ferme. Outre la préservation, voire la restauration, d’un patrimoine commun, ce à quoi les deux paysan·se·s sont attaché·e·s, cette biodiversité constitue une réserve potentielle d’alliés pour leurs cultures et leurs animaux.

Tout cela n’a pas échappé aux deux paysan·ne·s qui, en réalité, en attendent plus encore.

En divisant les parcelles actuelles en “paddocks”, les nouvelles haies vont permettre une rotation optimale des animaux et une optimisation de la valorisation de l’herbe : le “pâturage tournant dynamique” permet d’adapter le temps de séjour des vaches ou des moutons à la vitesse de croissance de l’herbe. Cela signifie moins de gaspillage, pas de surpâturage, une meilleure croissance de l’herbe et donc moins de dépendance à des approvisionnements extérieurs d’où une plus grande résilience en cas d’aléas climatiques.

En plantant aussi des arbres au milieu des parcelles, c’est-à-dire en se lançant dans un projet d’agroforesterie intraparcellaire, Clémentine et Jonathan misent sur les atouts agroécologiques de ces aménagements, à savoir une meilleure dynamique des éléments nutritifs du sol, des réservoirs de biodiversité et donc des abris pour les auxiliaires, une atténuation du rayonnement solaire pour les animaux et les cultures, des productions complémentaires de fruits, de bois et de fourrages.

Dans leur contexte particulier de prairies souffrant d’excès d’eau, ils sont en plus en droit d’attendre une amélioration notable de la portance du sol du fait de l’eau absorbée par les racines des arbres et évaporée dans l’atmosphère. Cela leur permettra d’envisager des périodes de pâturage élargies pour les ovins comme pour les bovins.

Depuis qu’ils se sont installés à La Paturollerie, Clémentine et Jonathan n’ont eu de cesse de faire évoluer leurs pratiques et d’améliorer leur outil de travail pour s’adapter aux contraintes climatiques et renforcer la résilience de leur ferme. Pour cela ils savent observer leurs animaux, leurs parcelles et s’enrichir de l’expérience et des compétences des autres.

Alors que le temps des plantations approche, les bénévoles de Terre de Liens se tiennent prêts pour un chantier participatif enthousiasmant.

Merci à Clémentine et Jonathan et Xavier pour la rédaction de cet article. Merci à Axelle, Garance, Anne-Claire, Solen pour la relecture. Coordination de l'article : Johana

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