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Un projet agroforestier à la rescousse de la ressource en eau et du dérèglement climatique

Publié le 14 octobre 2025 , mis à jour le 14 octobre 2025

© Hélène Degrandpré

Des haies dans les champs, pour préserver la ressource en eau ? La mise en œuvre par la Fabrique végétale d’un projet agroforestier suscite l’intérêt des acteurs locaux confrontés à la pollution des nappes phréatiques, aux sécheresses et aux inondations

Depuis 2016, Rémi et Claire placent l’agroforesterie et la diversité des cultures au cœur de leur projet, dans cette région où la monoculture domine. Le couple a pu reprendre la ferme des parents de Rémi, grâce à Terre de Liens. Terre de Liens a fait l’acquisition en 2011 d’une parcelle dite « des Sables du Lumigny », qui a accueilli le premier projet agroforestier. Aujourd’hui, la Foncière Terre de Liens est également propriétaire d’autres parcelles - 63,5 hectares au total.

Dès son installation, Rémi a souhaité développer un projet agroforestier. Pour ce jardinier paysagiste de formation, attaché aux arbres et préoccupé par le réchauffement climatique, l’objectif est multiple : favoriser la biodiversité, retenir l’humidité dans les sols et les enrichir en nutriments naturellement, abriter les cultures en cas de fortes chaleurs… Claire, qui est aussi ingénieure en écologie microbienne, analyse et documente l’impact de l’agroforesterie sur l’assimilation du phosphore par les cultures.

Claire et Remi, à la Fabrique Végétale en juin 2025 © Hélène Degrandpré

Aujourd’hui les visiteurs admirent les résultats. Dix ans après les plantations, la biodiversité a pris ses aises : lombrics, insectes, oiseaux ... même les sangliers semblent rester dans les haies où ils se nourrissent, et délaissent les cultures.

Malgré les épisodes de sécheresses et de pluies exceptionnelles des deux dernières années, les rendements en céréales et oléagineux sont restés stables sur les parcelles plantées de haies, contrairement aux autres parcelles non encore arborées.

Les parcelles agroforestieres plantés en 2014 / 2015, dix ans après (juin 2025) © Hélène Degrandpré

Déploiement d’une nouvelle phase sur sols drainés

En juin 2025, de nombreux invités institutionnels ont été conviés par l’association AgrofÎle et la Fondation du patrimoine pour visiter la ferme et découvrir le déploiement d’une nouvelle phase du projet. Rémi et Claire poursuivent la plantation de haies sur le reste des parcelles équipées d’un drainage ancien. La présence de drains dans le sol est souvent jugé incompatible avec la plantation d’arbres car les racines pourraient les endommager : c’est pourquoi le projet nécessite un plan d’action soigneusement étudié.

Présentation aux partenaires, événement du 2 juin 2025 © Helène Degrandpré

La Fondation du patrimoine apporte un soutien de 40 000 euros dans le cadre de son programme « patrimoine naturel et biodiversité ». C’est Pierre Goletto, délégué régional pour la Fondation du Patrimoine, qui a proposé de faire remonter le projet au niveau national.

Pour nous c'est important de voir comment le projet s'inscrit dans son territoire. Nous soutenons des projets de restauration du patrimoine au sens large : le patrimoine bâti mais aussi paysager et naturel, avec une attention particulière pour la biodiversité. Nos principaux porteurs de projets sont des collectivités qui ont aussi cette vision du patrimoine bâti et naturel
Louise Bailly

chargée de projets à la Fondation du patrimoine

Le soutien de la Fondation du Patrimoine permet à Rémi de lancer son nouveau projet de plantations de haies et d’aménagements hydraulique sur 65 hectares. Il est prévu un réseau de drainage de surface constitué de noues reliées à des fossés, permettant de prendre le relais du drainage souterrain, et d’améliorer certaines zones dont le drainage actuel est dysfonctionnel.

Sur les longueurs alternent des noues de 30 à 45 cm de profondeurs pour évacuer l’eau pendant les mois de fortes pluies. En parallèle, des bandes d’arbres choisis pour leur système racinaire non agressif sont plantés à 45 mètres des noues.

Dans la Brie, rares sont les haies implantées en plein champ et intégrées au système de production : « Rémi est l’un des premiers à avoir planté des haies alors qu’il n'était pas propriétaire. Et il a relevé le défi de planter des arbres sur des sols drainés » explique Valentin Verret, coordinateur à Agrof’ile, une association qui promeut le développement de l’agroforesterie en Île-de-France.

Rémi Seingier, dans la parcelle d'agroforesterie © Hélène Degrandpré

Une amélioration de la qualité de l’eau

Alors que les épisodes de crues et de sécheresses exceptionnelles se multiplient, l’expérimentation d’une alternative au drainage souterrain et à l’utilisation massive d’intrants capte l’attention des acteurs de l’eau.

Nous nous trouvons sur une zone prioritaire d'action du fait des pollutions en nitrates et en produits phytosanitaires qui sont retrouvés au sein des captages en eau potable de la zone.
Jean-Baptiste Révillon

Chef du service Marne Seine Essonne à l’Agence de l’Eau Seine-Normandie

Le projet de la Fabrique Végétale est étudié par l’INRAE(Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement), avec le soutien de l’Agence de l’eau. Julien Tournebize, hydrologue spécialisé dans l'étude des eaux souterraines atteste des externalités positives de ce modèle. « Nous faisons des prélèvements d'eau régulièrement. Nous constatons déjà de faibles concentrations en nitrates comparé à ce qu’on peut voir dans le secteur ». Par ailleurs, il explique l’enjeu scientifique :

« Existe-t-il une alternative au drainage enterré ? Peut-on évacuer autant d'eau avec les arbres et les fossés qu’avec un drainage ? » Son équipe a mis en place un système de mesures pour évaluer la performance hydraulique. Pendant longtemps la stratégie était d’évacuer l’eau le plus vite possible. Aujourd’hui le but est de freiner l’eau pour éviter tant les sécheresses que les inondations. Les haies jouent un rôle crucial pour cela.

L'agroforesterie a modifié le paysage © Helène Degrandpré

Les collectivités peuvent agir

Pour soutenir la réimplantation de haies en Île-de-France, Agrof’ile aide les collectivités à accompagner les agriculteurs.

Les collectivités locales ont un pouvoir qu’elles n’activent pas forcément. Certaines se sont mobilisées dans le cadre du plan climat en aidant les projets agroforestiers. D’autres se sont dotées de chaudières à bois et emploient un salarié chargé d’entretenir les haies. Et pour celles qui ont des baux agricoles, elles peuvent faire des baux moins chers pour les agriculteurs qui ont un projet agroforestier. De quoi inspirer les collectivités locales qui souhaiteraient s’impliquer davantage !
Agnès Sourisseau

Fondatrice et directrice de l'association Agrof'Île

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