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Publié le 11 décembre 2025 , mis à jour le 11 décembre 2025
En s’appuyant sur une rhétorique martiale peu convaincante, Annie Genevard ouvre les Assises de la Souveraineté Alimentaire avec sa vision sur le futur agricole français. Seulement, si le contexte nécessite effectivement un revirement du modèle agricole, la Ministre de l’Agriculture, au bord du gouffre, choisit de faire un grand bond en avant.
Ces dernières années, le monde agricole est en prise avec de nombreux enjeux qui pèsent directement sur la production et les conditions de vie des agriculteurs : l’invasion de l’Ukraine par la Russie a fait flamber les prix de l’énergie, les événements climatiques extrêmes mettent en péril de nombreuses récoltes, la menace d’une concurrence internationale rendue possible par l’accord UE-Mercosur pèse lourd, et récemment, plusieurs maladies menacent les élevages bovins et aviaires.
Dans cette période de tension, le Ministère de l’Agriculture lance les assises de la Souveraineté Agricole, prévues par la loi éponyme du 25 mars dernier pour établir des feuilles de routes à destination de chaque filière pour les dix années à venir.
Si nous partageons le diagnostic que pose Annie Genevard en ouverture de son discours sur le monde agricole, la convergence s’arrête ici. Face à la crise, les réponses de la ministre confirment le constat posé depuis un plus d’un an par Terre de Liens sur la Loi d’Orientation Agricole : elle consacre un contresens total sur la notion de souveraineté et une grande liberté laissée aux pratiques les plus nocives – que ce soit pour l'environnement, la fertilité des sols ou encore la santé. En bref : une vision qui répond aux besoins de l’agro-industrie, pas des citoyens, et encore moins des agriculteurs.
Colonne vertébrale de la feuille de route d’Annie Genevard pour endiguer la concurrence extérieure : produire plus en France, et consommer davantage français. Cette logique repose sur une idée implicite : la France ne produirait pas assez et serait donc contrainte d’importer pour nourrir sa population. Or cela est faux : De nombreuses cultures sont dédiées uniquement à l’export en France. Dans notre rapport Souveraineté alimentaire : un scandale made in France, nous soulignions que la production n’est pas le problème : la France produit bien l’équivalent de 130 % de ses besoins alimentaires, mais près de la moitié de ses terres agricoles est consacrée à l’exportation. Ce choix politique, et non notre capacité productive, détourne une partie considérable de nos surfaces agricoles de l’alimentation de la population. Pour certaines filières, cela va jusqu’à l’absurdité : La France importe les ¾ de ses pâtes et semoules, malgré une production excédentaire de blé dur. Autrement dit :ce n’est pas un déficit de production qui explique le recours aux importations, mais la structure même du système agricole français, façonné pour l’export plutôt que pour nourrir la population.
Par ailleurs, appelé à une hausse de la production agricole, sans préciser ni comment ni pour qui, revient à consolider le modèle actuel – un modèle qui fragilise déjà notre souveraineté et comporte plusieurs risques :
En réalité : plus la France exporte, plus elle importe – une mécanique parfaitement documentée. Produire plus pour l’export ne renforcera jamais notre souveraineté alimentaire, au contraire.
La souveraineté alimentaire ne se sera pas réalisée en prenant part à la guerre commerciale. Notre système alimentaire est malade de l’immobilisme politique qui favorise l’agro-industrie à l’agriculture durable. Les solutions sont connues et déployées sur le terrain par des agriculteurs engagés dans le soin des terres et de l'alimentation avec le soutien de la société civile.
Responsable du plaidoyer chez Terre de Liens
Par ailleurs, Annie Genevard appelle la population à faire preuve de “patriotisme alimentaire”. Or, manger totalement français est illusoire : Nous ne produisons pas assez de fruits, légumes et autres denrées diverses pour répondre à la demande. Par ailleurs, l’injonction à consommer français sans rendre accessible cette alimentation à tous relève d’une politique anti-sociale. Au mépris des classes populaires, Annie Genevard se fait porte étendard de l’écologie punitive.
Enfin, si le changement climatique est présenté comme une menace pesant sur les récoltes, aucune mention n’est faite de la réduction des émissions de gaz à effet de serre du secteur, pourtant 2eme plus gros émetteur au niveau national.
Pour cela, nous appelons Annie Genevard à intégrer 5 points essentiels pour la protection de l’agriculture française :
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