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Les fermes Terre de Liens, des alliées de la biodiversité

Publié le 22 mai 2025 , mis à jour le 15 octobre 2025

© Photo de Jenna Lee sur Unsplash

🌻 “Ce quinquennat sera écologique ou ne sera pas" exhortait Emmanuel Macron en avril 2022. Trois ans après, les sujets "environnement" et "écologie" ont déserté les antennes et les plateaux alors que tous les voyants sur le changement climatique sont au rouge. La biodiversité, enfant pauvre de la sensibilisation écologique, est cruciale pour lutter contre le réchauffement climatique.

À l’occasion de la journée mondiale de la biodiversité, on remet les points sur les I (et il y a beaucoup de i dans biodiversité!!) et surtout on vous emmène sur l’une de nos fermes pour vous raconter comment on la préserve et nourrit chez Terre de Liens. ⤵️

La biodiversité et l’agriculture, quels enjeux ?

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L'agriculture, parce qu’elle travaille avec (ou contre) la nature, a évidemment un impact majeur sur la biodiversité : elle impose une pression sur les écosystèmes en changeant l'usage des terres, elle peut être à l’origine de catastrophes environnementales avec des pratiques néfastes (comme l’utilisation de pesticides), mais… elle est aussi la solution. Via le maintien de milieux semi-naturels, la réalisation de "corridors biologiques" ou encore la préservation des ressources génétiques végétales et animales qui travaillent avec la biodiversité et pas contre elle. Via le maintien d’infrastructures agroécologiques non cultivées (haies, mares, bandes enherbées et fleuries, murets en pierre sèche… ) dans une exploitation qui permet de conserver de nombreuses espèces (pollinisateurs, microfaune et microflore du sol) et de contribuer à maintenir un équilibre entre ravageurs des cultures et auxiliaires. Ces milieux semi-naturels contribuent aussi à la préservation de la qualité de l’eau et à la protection du sol. Ils jouent un rôle majeur dans la diversité des paysages.

Les fermes ne sont donc pas le problème, mais une partie de la solution. Finie la vision qui opposait les zones de production et les zones à vocation naturelle. Non seulement chaque parcelle agricole dispose d'un certain intérêt pour la biodiversité, mais les secteurs dits "non productifs" ne sont pas sans intérêt agronomique, puisqu’elles sont des zones refuges pour les auxiliaires de l’agriculture.

A cet enjeu de préservation de la biodiversité, s’ajoute l’enjeu d’adapter nos modes de production au changement climatique. A cet effet, selon l’IPBES (Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services), plus les fermes intégreront la biodiversité, plus elles seront résilientes face aux effets du changement climatique.

De préserver la biodiversité à la renforcer et travailler avec elle : le programme Biodiversité de Terre de Liens

Chez Terre de Liens, les fermier·es sont installés en bio et signent un « bail rural environnemental », en d’autres termes, un bail qui comprend certaines obligations claires de préservation de la biodiversité qui existe sur la ferme. Mais il y a quelques années, l’envie de pousser l’action plus loin que ces clauses germe à Terre de Liens, et le programme « Biodiversité » est créé. Il a pour principale ambition de financer des projets qui favorisent l’accueil de plus de biodiversité sur les fermes. Par exemple, planter des haies, créer des mares, installer des nichoirs... Les idées ne manquent pas. En lien avec les associations territoriales Terre de Liens et les fermier·es qui sont en première ligne, notre mouvement citoyen oeuvre à amplifier et consolider cette dimension de la mission Terre de Liens.

S’organiser pour faire du cas par cas et s’adapter à la faune et flore locales

La première étape sera celle du diagnostic : tous les enjeux et les possibilités concernant la biodiversité ne sont évidemment pas les mêmes partout sur le territoire. Le programme fait donc appel à des partenaires locaux comme la LPO pour venir sur chaque ferme intéressée faire un état des lieux de la faune et la flore locales, et proposer des pistes de recommandations, en lien avec les problématiques rapportées par les fermier·es et ce qu’ils et elles plébiscitent.

Un comité se réunit ensuite chaque mois : les chantiers proposés sont passés en revue, discutés et officiellement lancés. Déjà plus de 100 fermes du réseau Terre de Liens sont intégrées au programme, c’est-à-dire une ferme sur quatre ! Une belle réussite donc, et la preuve que la biodiversité est au cœur des élans paysans.

Parmi les projets les plus financés : la plantation de haies, mais aussi la création de mares, de nichoirs, perchoirs, l’agroforesterie,…

… et l’envie de pousser plus loin

Au-delà du financement de ces projets sur les fermes, le programme biodiversité de Terre de Liens a aussi pour vocation de renforcer et d’animer les communautés paysannes sur le sujet, en espérant que le programme TDL essaime autour de lui et fasse des petits. L’enjeu est aussi de mettre en lien des fermiers du mouvement avec d’autres acteurs du monde paysan, pour faire germer d’autres projets à plus large échelle.

Des partenaires gravitent aussi autour de cette dynamique et viennent la renforcer, comme la Ligue de Protection des Oiseaux ou les Conservatoires d’Espaces Naturels – avec lesquels des échanges sur le long terme sont portés.

Des webinaires sont aussi proposés pour permettre à tous les réseaux intéressés de monter en compétence sur la vaste thématique de la biodiversité – 5 sur la biodiversité et 3 sur les sols ont d’ailleurs déjà été diffusés, et sont disponibles en ligne.

Après 4 ans de travail, le programme doit entamer un nouveau cycle à partir de 2026, avec l’appui (on l’espère!) de nouveaux financiers et quelques nouveautés après un bilan de ces premiers efforts, qui ont donc largement porté leurs fruits.

Un exemple pas à pas : le Jardin des Courtines, une ferme Terre de Liens

Capture d’écran 2025-05-22 à 15.51.00 © Nicolas Babin

Tout cela est très théorique, mais penchons-nous par exemple sur le parcours d’une ferme engagée dans cette démarche avec Terre de Liens : le jardin des Courtines – qui incarne très bien les enjeux du programme.

La ferme du jardin des Courtines est située sur la commune de Duerne, à 5 km au nord-ouest de Saint-Martin-en-Haut dans les monts du Lyonnais. La ferme a bénéficié du programme biodiversité, et les résultats sont d’ores et déjà concluants et enthousiasmants.

Des inventaires ponctuels avaient pu être menés en 2023 sur la ferme avec notamment une visite nocturne pour les mares réalisée par des bénévoles courant mai. A partir d’observations compilées sur l’exploitation et après un échange avec les paysans, la LPO a défini un programme d’inventaires sur les parcelles qui s’étalait entre le printemps et l’été 2024. Une stagiaire co-encadrée par Nicolas Barbin, l’un des maraîchers de l’exploitation et par la LPO AuRA DT Loire était présente sur cette période pour compléter les inventaires naturalistes. A partir des premiers résultats de ces inventaires et après échanges avec les paysans, des préconisations d’aménagements ont été proposées pour renforcer la biodiversité de la ferme.

Avant ces recensements ⤵️

  • Des haies avaient déjà été plantées en intra parcellaire ainsi qu’en périphérie de la ferme.
  • Des mares ont été créées
  • Quelques nichoirs et pierriers ont été installés
  • Une partie de la surface de l’exploitation est couverte
  • Les prairies ont été fauchées tardivement afin de concilier la préservation de la biodiversité et la production d’un paillage riche en carbone utilisé pour les cultures maraîchères.

Capture d’écran 2025-05-22 à 16.03.01 © Terre de Liens Rhône-Alpes

Les trouvailles des naturalistes

Des visites spécifiques ont été réalisées en matinée pour recenser les oiseaux chanteurs. Ces deux passages permettent à la fois de contacter les espèces précoces et les migrateurs plus tardifs. Au total, 41 espèces ont été inventoriées sur la ferme et 22 espèces peuvent être considérées comme nicheuses. Plusieurs sont considérées comme des espèces en danger, et douze espèces observées sont liées à la présence de milieux agricoles ; raison de plus pour être consciencieux sur les aménagements des fermes.

C’est le cas de l’alouette lulu par exemple. D’ailleurs, les effectifs de l’espèce ont chuté de -26% sur les 10 dernières années. L’alouette lulu niche à même le sol, dans les prairies, pelouses sèches et landes. Les couples s’installant dans des parcelles agricoles sont donc sensibles aux interventions agricoles, notamment aux fauches ou au surpâturage qui détruisent les nichées. Mais elles sont bien présentes sur notre ferme 💪🏻

Une autre soirée a été dédiée aux amphibiens afin de détecter la présence et la reproduction d’espèces au sein des mares de la ferme (une petite retenue collinaire, deux mares récemment créées et 3 petits points d’eau). Lors de cette soirée 4 espèces d’amphibiens ont été observées : la grenouille rieuse, l’alyte accoucheur, le triton palmé et le triton alpestre. Ces derniers sont principalement présents au niveau des deux mares créées ces dernières années (youhou)

Le site héberge enfin une bonne diversité de micromammifères et si leur inventaire est loin d’être complet, la découverte du muscardin, espèce protégée, reste remarquable et liée aux nichoirs installés sur la ferme (5/8 ont été occupés!).

Capture d’écran 2025-05-22 à 15.51.13 © B. Canal

Et après ?

Capture d’écran 2025-05-22 à 15.51.16 © R. Diez

Une faune diversifiée est donc bien présente sur la ferme et bénéficie de tous les aménagements réalisés (pierriers, haies, mares) et de la gestion adaptée (minimaliste) des éléments du paysage existants (haies, bandes enherbées).

Il pourrait y avoir encore davantage d’espèces, mais à cette échelle, difficile de lutter contre le contexte environnant : les milieux agricoles alentour sont globalement moins favorables à la biodiversité et limitent sans doute la colonisation des parcelles de la ferme pour certaines espèces.

Dans ce cadre, de nouveaux chantiers sont lancés pour consolider ces premiers efforts : d’après les résultats des inventaires, il semble que les petits aménagements réalisés (tas de bois et pierriers) soient plutôt fonctionnels, il pourrait donc s’avérer pertinent de les multiplier sur les parcelles en sélectionnant toutefois des zones où ils ne gêneront pas l’exploitation. Le réseau de haies pourra également être renforcé afin d’améliorer la connectivité à l’intérieur même de l’exploitation. Cela s’avèrera à terme favorable pour les passereaux des milieux buissonnants qui restent actuellement majoritairement cantonnés sur les marges de la ferme. Les espèces insectivores joueront alors plus facilement leur rôle d’auxiliaire.

En ce qui concerne les passereaux, il semble que les espèces cavernicoles et notamment les mésanges, sont relativement peu abondantes sur la ferme. Leur rôle actif dans la régulation de nombreux ravageurs des cultures intéresse l’équipe des maraîchers et, en l’absence de gros arbres, donc de cavités en nombre, la pose de nichoirs en haute densité pourrait, en parallèle du renforcement du réseau de haies, s’avérer être un outil pertinent. Les grands arbres jouent également un rôle de perchoir pour les rapaces et en attendant que certains sujets émergent des haies plantées ces dernières années, de nouveaux mâts pourraient être installés pour les rapaces diurnes.

Le programme de la fondation Terre de Liens sera très vraisemblablement sollicité pour l’achat de nichoirs et des mâts à rapaces ainsi que pour le renforcement du réseau de haies (paillage, matériel de protection, plants...). Les bénévoles Terre de Liens ne seront pas en reste puisqu’ils vont contribuer à plusieurs chantiers participatifs pour planter de nouvelles haies ou encore construire des perchoirs!

À suivre donc…

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