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S'engager contre les violences sexistes et sexuelles dans le monde agricole

Publié le 21 novembre 2024 , mis à jour le 25 novembre 2025

© Reportage La Durette © TDL - Sandrine Mulas

Les professions agricoles sont encore fortement concernées par des agissements ou violences sexistes et sexuelles, souvent invisibilisées.
Dans les champs, dans les syndicats, dans les montagnes et dans les réseaux, des groupes d'entraide se forment.

En cette journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, zoom sur quelques ressources pour mieux s'engager collectivement.
Le monde agricole ne peut plus fermer les yeux.

Agir contre les violences faites aux femmes en ruralité

Si les violences sexistes et sexuelles ne sont pas plus fréquentes dans les milieux ruraux qu’ailleurs, leurs conséquences y sont pourtant encore plus dramatiques.
Alors que 30% de la population habite en zones rurales, seul un quart des appels au 3919 en provient, et 50% des féminicides s’y produisent.

Les raisons sont multiples mais elles ont en commun d’être le résultat du manque de politiques publiques et d'un recul des moyens dédiés à la lutte contre les violences dans ces territoires. La détection des violences, la prise en charge et l’accompagnement des femmes victimes ainsi que leur parcours de sortie des violences sont rendus plus complexes de par les contextes territoriaux économiques et sociaux : éloignement des services publics, déserts médicaux, dépendance économique accrue des femmes, manque de transports publics… Tout cela constitue des difficultés supplémentaires.

Dans les métiers agricoles, qu'on soit cheffe d’exploitation, salariée agricole, conjointe collaboratrice, retraitée, ou qu’on ait contribué à la vie de la ferme sans les statuts permettant de refléter cette contribution, une série de phénomènes spécifiques se déroulent, envers lesquels nous portons une responsabilité collective.

Pour aller plus loin sur ces aspects :

Parlons égalité de genre en agriculture

Les stéréotypes de genre ont le cuir épais, en agriculture comme ailleurs. Ces phénomènes sont parfois minimisés, alors même que leur persistance et leur répétition créent un climat propice à des violences plus graves. C'est ce qu'on appelle le continuum des violences.

Voici quelques thématiques récurrentes de préjugés et de remarques sexistes dans le monde agricole, issues du diagnostic-action "Parlons égalité de genre dans l’agriculture paysanne" publié par l'ARDEAR Auvergne Rhône Alpes :

Le sexisme en agriculture, un frein de l'installation à l'exercice du métier © ARDEAR AURA
Le principal frein à l’installation identifié par les agricultrices ayant répondu au questionnaire est le manque de reconnaissance de leur légitimité à exercer un métier agricole, avant même l’accès au foncier, premier frein pour les agriculteurs.

Ces “remarques”, inquantifiables, sont remontées en grand nombre par les femmes qui s’engagent dans les métiers agricoles.

Bien qu’on puisse les qualifier de violences invisibles, elles ont des conséquences très concrètes sur l’exercice du métier.

À titre d’exemple :

  • Pour les agricultrices, les prêts bancaires sont plus modiques que ceux consentis à leurs homologues masculins. Leur recours à d’autres structures financières (coopératives de production, abattoirs, etc.) accroît leur taux d’endettement au démarrage de leur activité. Il en découle des écarts en termes de durée des prêts, en moyenne 2,5 fois plus longs pour les femmes que pour les hommes.
  • L’accès au métier et aux terres agricoles est encore très inégal, et la tendance est loin de s’inverser. Les femmes ne constituent que 27% des actifs agricoles et 30% des propriétaires de terres.

À ce sujet, nous attendons un plan d’action concernant la place des femmes en agriculture, annoncé par Annie Genevard, suite à la consultation citoyenne organisée cet été.

Dénoncer des violences, briser le silence – à quel prix ?

J’en ai parlé, j’ai fait du bruit. Il s’est passé derrière que les langues se sont déliées et énormément de bergères ont malheureusement raconté des histoires du même genre alors que personne n’osait rien dire.
Maïté, reclaim : des terres et un troupeau, épisode 1 du podcast Manuel Déterre
5 portraits de paysannes : le podcast Manuel Déterre

La série Manuel Déterre enquête sur les parcours et les réalités de femmes qui s’engagent dans des trajectoires agricoles aujourd'hui en France. Pensée comme un manuel, cette série donne des clefs à celles et ceux qui aimeraient d'une manière ou d'une autre se (ré)attacher au monde paysan.

Dans des milieux où l’interconnaissance et la proximité sociale ont une place prépondérante, le fait que l’agresseur soit intégré et parfois reconnu localement renforce la difficulté à oser parler et à demander de l’aide. La crainte de représailles personnelles ou professionnelles peut venir s’ajouter au vécu des violences.

Maïté a osé parler. Des bergères se sont organisées. Ailleurs, encore, d’autres paysannes se bougent pour faire monter le sujet.

Pour aller plus loin :
L'article "Violences sexuelles, précarité, souffrance physique : la lutte des bergèr·es pour leurs droits" vient compléter ce témoignage, sur la prégnance systémique des violences de genre dans le pastoralisme.

Soyons nombreux et nombreuses à nous mobiliser pour l'égalité dans les champs

La protection des fermes ne doit pas se faire au détriment des femmes

Le secteur agricole a une particularité : celui de compter encore 132 000 femmes sans statut.

C'est un héritage (toujours actuel) d'invisibilisation du travail des femmes dans les fermes, produisant des violences administratives et de la précarité économique. Les conséquences en cas de séparation peuvent être désastreuses.

Et quand le lieu de résidence est aussi le lieu de travail : le parcours des paysannes pour retrouver des terres peut être très long.

Pourquoi les femmes agricultrices sont-elles les grandes perdantes lors des séparations ?

Lors des divorces dans les couples d'agriculteur·ices, bien souvent la préservation des fermes et du capital productif se fait au détriment de la femme. Pour la série audio Manuel Déterre, Céline Bessiere, sociologue et autrice de l'ouvrage Le Genre du Capital, revient sur les spécificités de cette profession et les raisons qui aujourd'hui encore maintiennent les femmes agricultrices dans une situation d'injustice économique et d'invisibilité professionnelle.

Agir à notre niveau, agir en réseau

Les actions chez Terre de Liens

Nous œuvrons aux côtés de partenaires pour continuer à informer et agir ensemble.

Par exemple :

  • le mois dernier, avec la complicité de l'Eurométropole de Strasbourg, Terre de Liens Alsace a co-organisé une matinée dédiée à la place des femmes en agriculture qui a rassemblé 100 personnes. Des initiatives inspirantes, des dynamiques à rejoindre, des témoignages clé, des pistes pour poursuivre nos actions... La matinée fut un immense succès.
  • Le réseau participe au programme "Dégenrons l'installation en agriculture", rassemblant 9 partenaires,
  • Si vous souhaitez approfondir, retrouvez nos axes de travail et nos revendications ici

Se mettre en lien

Les groupes d'agricultrices en non-mixité près de chez soi

Cette "Cartographie participative d'initiatives agri-rurales sur le genre" (créée par la FADEAR et Réseau Civam) permet de repérer en un coup d'œil les structures actives dans les réseaux de l'agriculture paysanne sur les thématiques d'inégalités de genre. Groupes d'entraide, structures d'accompagnement, formations, cafés installation...

Prévenir, prendre en charge et réagir

Guide de prévention et d'actions contre les violences sexistes et sexuelles

La FADEAR et la Confédération paysanne publient ce guide pratique essentiel qui permet une prise en charge collective de ces enjeux, quelle que soit sa structure ou sa situation.

Dégenrons l'agriculture

S’informer pour mieux s’engager : ce site compile toutes les ressources essentielles publiées par nos réseaux au sujet des inégalités de genre en agriculture (documentaires, podcasts, études et guides)

À lire et à écouter

Il est où le patron ?

Cinq paysannes racontent leur quotidien à la ferme et brisent les clichés machistes et sexistes présents dans le monde agricole.

Paysannes en lutte, deux épisodes incontournables

Depuis quelques années, Marie Edith, Gwennen et Charlotte se retrouvent, avec d’autres paysannes, au sein du groupe « Les elles ». Elles y partagent leurs expériences, leurs peines et leurs espoirs : sexisme dans le monde agricole, difficile articulation du travail salarié et travail domestique, vie de couple liée au travail paysan sur la ferme... Ce groupe a suscité de fortes prises de conscience et a permis la mise en place d’entraides solides entre femmes. Leurs paroles sont articulées à celles des rares chercheuses travaillant sur les agricultrices.

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